Home Les frères écrivent Résumé de la thèse de fr. Denis

Résumé de la thèse de fr. Denis

RÉSUMÉ DE THÈSE

1. Status quaestionis

Le Père de Finance est un authentique thomiste: de fait, il développe sa philosophie en s’inspirant de la richesse de la doctrine de Saint Thomas. Celui-ci, considéré comme un des principaux représentants de la scolastique, a laissé une œuvre considérable. Théologien avant tout, Saint Thomas a le mérite d’avoir systématisé la question de l’existence de Dieu. Il a traité profondément cette question et son analyse soignée et ordonnée est une des preuves manifestes de son génie .

Pour réussir cette systématisation, Saint Thomas s’était également appuyé sur l’autre «aile» de l’esprit humain afin de bâtir son entreprise sur un fondement inébranlable: la raison, la philosophie. Celle-ci, appelée «ancilla theologiae», joue dans le thomisme un rôle important pour la transmission des vérités théologiques. Le recours à la philosophie, pour le Docteur Angélique, s’inscrit dans le cadre de sa véritable mission . Dieu est donc pour lui, l’Esse Ipsum Subsistens . En lui l’existence et l’essence coïncident, voilà pourquoi il est nécessairement unique . Il est l’origine et le créateur de tout ce qui existe . Telle est l’identité de Dieu que présente la doctrine thomiste.

De ce qui précède, nous pouvons dire que la question de l’existence de Dieu a reçu avec Saint Thomas une formulation très précise. Ne serait-il pas très risqué et audacieux, pour un autre philosophe, de se consacrer à une étude dans laquelle le Docteur Angélique aurait tout dit?

Le Père de Finance, en approfondissant cette philosophie thomiste épouse le thème central de la philosophie de son «Maître» , à savoir, la question de l’existence de Dieu. Ainsi, cette question devient également fondamentale dans sa philosophie, parce qu’elle est celle à laquelle toutes les autres questions se rapportent entièrement. Dieu est, pour le Père de Finance, le fondement fondamental de toute existence, celui sans lequel rien n’existe. L’existence des êtres par lui devient intelligible . La vie humaine en lui prend sa source; ainsi elle a un sens, une destinée.

Convaincus de cette vérité selon laquelle la philosophie de notre Auteur trouve ses racines dans cette orientation métaphysico-thomiste, nous nous sommes posés la question: «N’existe-t-il pas une théologie philosophique dans la pensée du Père de Finance?». Nous nous sommes aperçus que si la réponse à cette question est négative par exemple, il va de soi que tout s’arrête là. Mais si elle est positive – et c’est notre cas – il est alors intéressant de se poser d’autres questions complémentaires: cette théologie philosophique, en quoi consiste-t-elle? Quelle est sa nature? En quoi est-elle différente de celle de Saint Thomas et des autres auteurs? Qu’enseigne-t-elle? Sur quoi se fonde-t-elle? Quelle nouveauté le Père de Finance apporte-t-il dans le traitement de la question de l’existence de Dieu? Pour quelles raisons aborde-t-il cette question et qu’en fait-il? Et encore, pouvons-nous nous permettre de soutenir que le Père de Finance, en reposant cette question de l’existence de Dieu, voulait simplement reprendre le projet de son «Maître» dans une perspective scolastique, au début du troisième millénaire? C’est cette série d’interrogations que nous avons cherché à approfondir avant de fournir une réponse explicite à la question de l’existence ou non d’une théologie philosophique chez notre Auteur.

À vrai dire, le Père de Finance n’a pas pour objectif premier de reprendre l’étude sur la question de l’existence de Dieu, pertinemment traitée par son «Maître», comme nous l’avons affirmé. Le disciple (le Père de Finance) observe seulement que les questions philosophiques contemporaines ne peuvent éluder la question de l’existence de Dieu. C’est pour cette raison qu’il porte un intérêt essentiel à cette question. Que ce soit son étude sur l’altérité ou son éthique, il se réfère toujours à cette affirmation fondamentale. De là se précise une orientation nouvelle de lecture de sa philosophie: la mise en évidence d’une théologie philosophique qui a l’avantage de maintenir l’unité de son œuvre.

1.1 La métaphysique de l’être et l’altérité

Dieu, en tant qu’Être subsistant par soi, est la première cause efficiente des êtres, la perfection de toutes les perfections, car tout être, de quelque manière qu’il existe, existe nécessairement par Dieu . Dieu est donc l’Acte d’être de qui procède tous les êtres. Une telle conception dépasse de loin les bornes de l’ontologie, mais constitue plutôt une véritable métaphysique .

Cette métaphysique thomiste donne au Père de Finance l’opportunité de définir Dieu comme le fondement fondamental. À ce point précis, il se pose la question: comment peut-on accéder à Dieu? Qu’est-ce qui donne la garantie d’affirmer son absolue actualité? L’altérité est la réponse convenable qu’il propose. De ce point de vue, il offre une réflexion profonde et pertinente sur l’altérité. Il observe que l’homme ne peut accéder à Dieu qu’à partir de cet ordre concret, sensible de l’altérité.

En effet, l’altérité présente une grande diversité. Le Père de Finance relève deux types principaux d’altérité: l’altérité horizontale et l’altérité verticale ou fondamentale . L’altérité horizontale est celle que nous rencontrons dans les êtres. Elle donne lieu également à trois autres types distincts: l’«altérité objective», c’est-à-dire l’altérité des objets; l’«altérité subjecto-objective», l’altérité du sujet-objet (Je-Cela), et enfin l’«altérité intrasubjective», l’altérité des personnes humaines (Je-Tu) .

Il faut dire que ces trois types d’altérité horizontale n’ont pas la même valeur, parce que l’altérité existant entre deux objets ou entre le sujet-objet est plus extérieure et par conséquent peu profonde. C’est ainsi que le Père de Finance parle dans ce cas de l’«altérité externe» . Mais quand il est question des personnes humaines, l’altérité est interne et profonde, ainsi on parle de l’«altérité interne» . De ce fait, l’«altérité interne» conditionne la saisie de l’«altérité externe» . Découvrir les aspects externes et internes de l’altérité requiert, pour le Père de Finance, une vraie réflexion.

Comme on le voit, parmi ces trois types de l’altérité horizontale, notre Auteur accorde de l’importance à l’«altérité intrasubjective», en ce sens qu’elle est constituée des personnes humaines qui restent fondamentalement ouvertes à Dieu. Et ces personnes humaines, placées dans leur altérité horizontale ne se réalisent pleinement que dans l’altérité verticale. Ainsi, l’affirmation de Dieu met en évidence un nouveau type d’altérité fondamentale, condition de toute autre altérité . En d’autres termes, l’altérité verticale est ce vers quoi tend toute altérité horizontale, car Dieu est le fondement de tout. Ainsi, son altérité est bien verticale ou fondamentale. Cela permet donc de constituer la théologie philosophique du Père de Finance.

1.2 La théologie philosophique du Père de Finance

La théologie philosophique du Père de Finance, en tant que discipline à part entière de la philosophie, aborde cette question de Dieu d’une manière toute philosophique.

Par l’altérité verticale ou fondamentale le Père jésuite ramène toute altérité horizontale à son fondement même. De ce fait, il établit que l’homme ne peut trouver de réponses satisfaisantes à ses multiples questions qu’en Dieu, car en tant qu’ouvert à l’Absolu, l’homme médiatise en quelque façon par son altérité horizontale, l’altérité verticale .

Ainsi, définir Dieu comme fondement fondamental signifie qu’il contient dans son sein tous les êtres dans leur altérité, non seulement d’une façon idéale, mais plus radicalement, dans la plénitude de son Être . Autrement dit, philosopher sur Dieu, pour le Père de Finance, signifie justement, dépasser l’ordre des formes vers l’ordre de l’acte, penser Dieu, non pas simplement comme une Essence infinie et englobante, mais comme l’Acte qui, sans sortir de lui-même, suscite d’autres actes et leur donne d’être eux-mêmes .

Par l’altérité verticale ou fondamentale, le Père de Finance consent à l’affirmation de l’Être Absolu qui s’identifie à la Vérité et à la Valeur Absolue, condition de toute existence, de toute pensée, de toute liberté, de tout amour . L’altérité verticale ou fondamentale représente le pôle vers lequel converge toute altérité horizontale. Dieu constitue ainsi le terme qui permet une vue synthétique où s’éclairent toutes les questions .

Faut-il souligner que cette philosophie «definancienne» n’est donc pas une philosophie isolée de son contexte et de son temps. Elle est une philosophie qui s’intéresse aux problèmes essentiels de l’homme de son temps qui sont les problèmes épineux de la connaissance, de la liberté, de l’action, des valeurs, de l’altérité… L’affirmation de l’existence de Dieu éclaire celle de l’homme, sa vie et sa destinée. Son analyse, pour ainsi dire, déborde le cadre de la scolastique en faisant une relecture du thomisme avec des «lunettes» nouvelles, relecture qui manifeste son souci d’actualisation et nous interdit de l’enfermer dans une quelconque époque historique. Prenant ses distances, la philosophie de notre Auteur reste donc cette philosophie de l’homme d’aujourd’hui, l’homme en quête de son identité, en quête de sa pleine réalisation qui ne se trouve qu’en Dieu.

2. Originalité

Dans ce travail, nous nous sommes efforcés de mettre en évidence la théologie philosophique au cœur de la pensée du Père de Finance. Cette théologie philosophique est ce qui fait l’unité de son œuvre. Cette orientation, à notre humble avis, constitue une originalité.

En effet, fonder le système philosophique de notre Auteur sur des considérations simplement dialogiques ou morales – considérées jusqu’à présent comme deux orientations possibles de notre Auteur – ne nous satisfait pas entièrement. Ces réflexions sont considérées davantage comme une conséquence et non comme le fondement de sa philosophie. Ces réflexions divisent plus qu’elles n’unifient sa philosophie. Pour nous, celle-ci se construit plutôt sur sa théologie philosophique où Dieu, fondement fondamental, rend raison et garantit l’équilibre de tout le système. De cette manière, une meilleure compréhension de l’affirmation de l’existence de Dieu est la seule voie pour éclairer la question philosophique de l’existence humaine.

Au regard de la situation actuelle de crise et dont la plus profonde est la crise de sens , une relecture de l’existence de Dieu nous semble d’une grande nécessité pour affronter sereinement cette situation en vue de trouver des solutions. La prise en considération de l’affirmation fondamentale est capable de nous ouvrir un chemin de libération.

3. Méthode de travail

Le caractère fondamental de notre étude nous a obligé de choisir de la méthode analytico-herméneutico-critique et il convient d’en rappeler la procédure: analyser-interpréter-critiquer. Par cette méthode, nous avons entrepris le travail d’analyse et d’interprétation des propres textes du Père de Finance. Nous avons procédé en interprétant les textes progressivement et en soulevant les questions importantes qu’ils suggèrent. Cela veut dire que nous avons refusé de privilégier un texte par rapport à un autre. Mais nous avons engagé une interprétation générale des œuvres de notre Auteur, en nous attachant aux ouvrages et chapitres qui se sont rapportés le mieux à notre étude, sans pour autant sacrifier ni sa philosophie en général ni l’objectif que nous nous sommes assignés.

Cette méthode nous a permis de faire ressortir l’intérêt actuel que le Père de Finance suscite pour sa philosophie. Il n’est pas question ici de reproduire une étude aux contours moyenâgeux et scolastiques, mais il s’agit plutôt d’une réflexion actuelle qui exprime les facultés du sujet spirituel se réalisant dans une expérience réflexive qui engage l’homme de toutes les conditions et de toutes les cultures en qui repose le désir ardent de connaître. L’actualité, la «contextualisation» et l’universalité de l’expérience philosophique, tel est bien l’horizon que nous avons voulu ouvrir avec cette méthode de travail.

Dans cette perspective, nous avons soumis également cette philosophie du Père de Finance à une confrontation avec différents auteurs, d’abord Saint Thomas lui-même et ensuite avec quelques thomistes, philosophes existentialistes et dialogiques , en vue de mettre en évidence l’originalité de la philosophie de notre Auteur.

4. Limites

La question de l’existence de Dieu est fondamentale, mais nous savons que son traitement est complexe. Nous n’avons pas pu étudier les écrits de l’Auteur dans leur intégralité. Certains aspects de sa pensée n’ont pas été pris en compte et il nous a paru opportun de limiter notre réflexion aux seules dimensions pertinentes et susceptibles d’alimenter la réflexion.

Notre Auteur ne dispose pas d’un traité de théologie philosophique sur lequel nous aurions pu nous appuyer et cela a rendu notre entreprise difficile. Toutefois, nous nous sommes efforcés de répertorier les textes que nous avons trouvés essentiels pour cette étude, et ces textes ne peuvent nullement ici prétendre à l’exhaustivité.

Aussi, nous nous sommes fixés l’objectif d’étudier les textes du Père de Finance avec une méthode très adaptée, mais malheureusement vaste: analytico-herméneutico-critique. Nous nous sommes bien rendus compte que le dernier volet de notre méthode n’a pas la même «proportion» que les deux premiers. Sans doute, nous avons réussi à établir quelques confrontations de la pensée de notre Auteur avec différents auteurs (thomistes, existentialistes et dialogiques comme nous l’avons signalé), mais notre liste s’est arrêtée seulement à ces quelques auteurs de notre sélection. Nous aurions dû enrichir notre choix…

Enfin, pour traiter cette question fondamentale, il semble important de prendre du recul par rapport aux affirmations de notre foi. Il ne s’agit pas de nier nos choix de vie, mais de demeurer prudents à l’égard d’un discours trop envahissant.

5. Structure de travail

Ce travail s’articule en quatre parties. Chacune d’elles comporte une idée spécifique qui s’insère de façon harmonieuse dans l’ensemble du parcours tout en obéissant à l’unité interne du texte. Ces quatre parties comptent 9 chapitres, précédés par les «Préliminaires», c’est-à-dire une «Brève esquisse biographique du Père de Finance» où nous avons pris soin de présenter ses écrits et ses sources. Ces quatre parties suivent l’ordre ci-après: La première: «La question métaphysique de l’existence de Dieu», indique le caractère problématique du thème en philosophie. La question de l’existence de Dieu – objet de houleux débats entre les philosophes – méritait ici, une analyse soignée. Aussi, nous avons divisé cette partie en deux chapitres.

Dans le premier, «Le statut épistémologique du discours philosophique sur Dieu», nous avons montré l’enracinement de la pensée du Père de Finance dans le domaine de la théologie philosophique et nous avons délimité son statut. La théologie philosophique ainsi poursuivie, permet d’élaborer un raisonnement cohérent en partant de la seule lumière de la raison. Nous avons observé que nous ne pouvons pas douter de la légitimité de la philosophie dans l’étude de la question fondamentale.

Dans le second chapitre, «L’existence de Dieu et les transcendantaux», nous avons précisé que l’expérience réflexive par laquelle l’homme prend en charge l’affirmation fondamentale n’a de sens et ne trouve sa justification que dans l’affirmation d’une existence «transordinale». Le parcours dialectique amorcé nous a permis de relever les positions philosophiques favorables à la question de l’existence de Dieu. Nous avons donné une large place au langage essentiellement métaphysique qui a trouvé dans l’œuvre du Docteur Angélique une référence incontournable. En conséquence, nous avons pris en compte l’étude des transcendantaux en partant des preuves de l’existence de Dieu de Saint Thomas. En effet, les transcendantaux comme propriétés essentielles de l’Être Absolu ne se saisissent mieux que dans une conception de vraie transcendance.

La deuxième partie, intitulée: «Le fondement thomiste du Père de Finance et son originalité : éléments de convergence et de divergence entre Saint Thomas et le Père de Finance», a réaffirmé que la philosophie du Père de Finance trouve dans le Saint ses fondements de base. Mais le génie du Doctor Communis ne limite pas l’inventivité et la créativité du disciple qui s’engage toujours dans une relecture du thomisme dans une perspective plus contemporaine. Cette deuxième partie est divisée en trois chapitres.

Le premier (correspondant au 3ième chap. selon une lecture continue), «Le Père de Finance parmi les thomistes de son temps et sa rencontre avec les philosophies de l’existence», a considéré la place que notre Auteur occupe dans la tradition philosophique et les débats de son temps avec les thomistes comme J. Maréchal, J. Maritain, É. Gilson, H. Gouhier, A. Forest et C. Fabro et sa rencontre avec des philosophies de l’existence: K. Jaspers et J.-P. Sartre. Ici, loin de se limiter à un cadre historique, ce chapitre a relevé des questions métaphysiques de fond abordées par notre Auteur dans sa rencontre avec les philosophies de l’existence, plus particulièrement avec Sartre et ses réactions vis-à-vis de cette philosophie sartrienne; le rapport entre existence et action; reflexio et cogito en vue de fixer la théorie de la connaissance de notre Auteur.

Le deuxième chapitre (correspondant au 4ième chapitre), «Convergences et divergences entre Saint Thomas et le Père de Finance», s’est attaché à montrer comment la philosophie du Père de Finance trouve son fondement en celle de son «Maître», mais s’en détache par une lecture «contextualisée» et contemporaine. Approfondissant ce chapitre, nous nous sommes arrêtés d’abord sur la doctrine de Saint Thomas pour montrer comment la philosophie de notre Auteur s’y rapporte. Nous avons indiqué comment la «révolution» thomiste a réussi à fixer la notion de création s’étant servi de la conception judéo-chrétienne et des Pères de l’Église. Cela nous a permis de faire ressortir quelques convergences et divergences entre Saint Thomas et notre Auteur, principalement sur le Dieu créateur. Cette confrontation a indiqué que le Père de Finance ne s’est pas limité simplement à une reprise automatique de son «Maître», mais il a développé une philosophie dans laquelle il l’a défendu, explicité et même prolongé.

Le troisième chapitre (correspondant au 5ième chapitre), «Une confrontation entre É. Gilson et le Père de Finance sur la question de Dieu», a précisé que le thomisme constitue une philosophie véritable qui est la source d’inspiration de Gilson et du Père de Finance. Mais, quant à leur reprise personnelle notre confrontation a établi que Gilson examine surtout le thomisme avec une approche d’historien. De ce fait, son grand attachement à la dimension historique étouffe le travail de réappropriation critique que s’efforce d’accomplir inlassablement la discipline philosophique. En revanche, l’œuvre du Père de Finance est une entreprise métaphysique de grande envergure. Elle apporte une importante contribution à la doctrine thomiste en honorant une double exigence: «comprendre» et «faire comprendre», ce qui fait d’elle une véritable métaphysique existentielle.

Notre troisième partie: «L’existence divine comme principe de l’existence humaine», a présenté l’idée essentielle de notre étude qui retient Dieu comme fondement fondamental, principe de l’existence humaine. Nous l’avons divisée en deux chapitres.

Le premier (correspondant au 6ième chapitre), «Dieu, principe et archétype de l’existence humaine», a exprimé l’exigence de cette vérité philosophique de ramener toute existence en Dieu. Ici, nous avons dégagé les principales affirmations du Père de Finance dans l’étude de la question fondamentale. Tout d’abord, nous nous sommes arrêtés sur l’étude des attributs de Dieu, attributs répartis en deux catégories simples et mixtes. Ensuite, nous nous sommes penchés sur la question de l’agir divin en montrant que de l’Être Absolu, provient également un agir qui correspond à son Être pur: agere sequitur esse. L’agir divin a comme finalité ultime la «conversion» de toutes les créatures raisonnables vers leur principe et bien suprême.

Le deuxième chapitre (correspondant au 7ième chapitre), «De l’altérité fondamentale chez le Père de Finance», a précisé l’attention que notre Auteur accorde à l’altérité sur laquelle se fonde sa théologie philosophique. De ce point de vue, nous avons cherché à situer la question de l’altérité dans son intégralité en nous attardant sur la distinction des différents types principaux qu’elle comporte: altérité horizontale et verticale. L’altérité horizontale (altérité objective, altérité subjecto-objective et intrasubjective) est une altérité située dans la position cosmique, horizontale et ne peut pour cela, s’égaler à l’altérité verticale et transcendantale qui est celle de Dieu. De ce fait, la réalité de Dieu se déroule dans une sphère supérieure à toute sphère horizontale, parce que fondement fondamental. De plus, le chapitre s’est lancé dans une confrontation entre Buber et notre Auteur sur l’altérité, laquelle confrontation a mis en évidence les éléments de convergence et de divergence entre les deux. De cette confrontation, il résulte que le Père de Finance dépasse en profondeur métaphysique les analyses de Buber dont le langage et le contenu de ses réflexions empruntent plus à l’anthropologie qu’à une pensée strictement métaphysique.

Enfin, notre quatrième et dernière partie, «Appréciations critiques de la philosophie du Père de Finance», nous a permis de développer une analyse critique de la philosophie de notre Auteur.

Le premier chapitre, (correspondant au 8ième chapitre), «Regard critique de la philosophie du Père de Finance», comme l’indique son titre, a exprimé une critique de la philosophie de notre Auteur. D’un côté, nous avons souligné les mérites de la philosophie du Père jésuite et de l’autre, nous avons formulé quelques réserves. Dans ce dernier point, nous avons constaté que le Père de Finance observe un silence total sur Lévinas. Il nous a paru important de préciser les raisons de ce silence, ce qui est pris en compte par notre suivant chapitre.

Dans le second (correspondant au 9ième et dernier chapitre), «Le parallélisme entre É. Lévinas et le Père de Finance sur l’altérité», nous avons cherché à relever et préciser les raisons de ce silence qui, d’après nous, reposent sur l’orientation toute différente de leur conception même de l’altérité, transcendantale pour notre Auteur, immanente pour Lévinas. En parcourant leur philosophie, nous avons montré que l’analyse phénoménologique et éthique de l’altérité chez Lévinas ne manque pas de profondeur, car il a réussi à placer dans l’extériorité l’axe central de sa philosophie. Malheureusement, il est resté à un niveau essentiellement horizontal. Par ailleurs, nous avons prouvé que le Père de Finance dans son attention à la métaphysique reste indépassable dans la systématisation de l’altérité jusqu’à la fonder en Dieu. De cette manière, la transcendance de l’autre n’est possible que par Dieu en qui elle s’enracine. Ainsi, l’œuvre du Père de Finance se démarque totalement en profondeur et en valeur de celle de Lévinas, parce qu’enrichie par une approche plus ouverte, résultat d’une métaphysique véritablement existentielle.

6. Conclusion

Dans sa fidélité à Saint Thomas, il est indubitable que le Père de Finance est un fervent thomiste. Il est resté fidèle à la doctrine de son «Maître», mais sans manquer d’une originalité propre.

En accordant une importance capitale à la question de l’existence de Dieu, le Père de Finance a donné corps à une vraie théologie philosophique – cachée dans ses différents écrits – mais reconstituée ici à partir de la métaphysique de l’être et l’altérité. De cette étude sérieuse et profonde que nous avons engagée, nous tirons les conclusions suivantes:

1° À notre question initiale: «Existe-t-il une théologie philosophique dans la pensée du Père de Finance?» – question à laquelle nous n’avions pas réservé de réponse explicite sans une étude approfondie de nos différents chapitres – nous nous permettons, à ce stade, de répondre positivement et de manière explicite: «Il existe réellement une théologie philosophique dans la pensée du Père de Finance»; elle tient son originalité dans l’altérité tout en restant fidèle à sa source principale, la métaphysique thomiste. Cela témoigne du souci profond de notre Auteur pour une actualisation continuelle du thomisme qui renferme en son sein des «germes» vitaux qui interpellent les hommes de tous les temps et de tous les lieux.

2° Cette théologie philosophique a l’avantage de maintenir l’unité de l’œuvre du Père de Finance, parce que par rapport aux auteurs qui morcellent sa pensée en ne traitant qu’un seul aspect, dialogique ou morale, nous soutenons ici une troisième orientation de l’interprétation de sa pensée en la faisant reposer sur la théologie philosophique qui tient ensemble ces deux aspects.

3° Le caractère philosophique de la pensée du Père de Finance ne se limite pas seulement au but et à la méthode propres à la philosophie, mais encore et surtout au point de départ même de cette pensée reposant sur l’altérité. Celle-ci demeure cette réalité négligeable, secondaire, mais à travers laquelle s’affirme la réalité supérieure et fondamentale. Une telle étude dépasse de loin les bornes de l’ontologie, mais constitue plutôt une véritable métaphysique. Celle-ci reste totalement existentielle par la valeur primordiale qu’elle attache à l’existence. Cette dernière étant au centre de la métaphysique de notre Auteur ne se justifie pleinement que dans l’action. Ainsi, il y a un lien étroit entre l’existence et l’action, car l’une appelle l’autre. La philosophie du Père de Finance est donc une philosophie de l’existence pour autant qu’elle appelle l’action qui est sa justification plénière et totale.

4° La métaphysique que poursuit notre Auteur, par son dépassement de l’ontologie, assigne à l’altérité une empreinte qui fait d’elle non une altérité immanente, catégoriale ou horizontale, mais une altérité verticale, fondamentale ou transcendantale. Cette métaphysique démontre que toute altérité horizontale tend vers la verticale en qui elle se fonde. De ce fait, l’altérité de Dieu est sans commune mesure avec les êtres, sa transcendance ne confine pas avec les étants dans leur position cosmique et horizontale. Dieu comme fondement fondamental est celui sur qui se fonde toute typologie de l’altérité.

5° La théologie philosophique du Père de Finance se réalise dans l’expérience réflexive qui apporte une contribution originale au problème épistémologique. Car cette philosophie qui puise largement à la source thomiste, ne peut avoir comme point de départ de toute connaissance vraie que le concret, le sensible (altérité). Cet objet sensible redonne toute la valeur philosophique à la pensée «definancienne», parce qu’elle ne s’appuie pas sur le cogito cartésien, mais sur la reflexio thomiste. Dans celle-ci l’objet et le sujet se rapportent à l’Être Absolu. Ainsi, le Dieu du Père de Finance est celui qui se saisit dans l’acte humain même de connaître. De ce point de vue, notre Auteur démontre que la faculté de connaître que détient l’homme ne trouve pas son origine dans sa finitude, mais dans l’Être Absolu, source de toute activité intellectuelle ou spirituelle.

6° La question de l’existence de Dieu est celle devant laquelle nul ne peut rester indifférent. C’est donc une question que l’on ne peut nier raisonnablement. L’affirmer, c’est à notre avis, témoigner de l’extraordinaire capacité de l’homme, citoyen de deux mondes. Par sa double appartenance, l’homme est capable de s’ouvrir aux autres et à Dieu. L’expérience réflexive demeure le lieu privilégié dans lequel l’homme va au-delà de lui-même et y reconnaît son fondement ultime: Dieu. Celui-ci comme Acte d’être et actualité de toutes les formes, est le seul qui donne à tous les êtres leur acte d’être.

Ainsi, nous avons montré notre intérêt pour cette étude fondamentale et nous estimons qu’il n’y a de philosophie que dans la mesure où elle s’investit dans la réflexion sur l’affirmation de Dieu, condition transcendantale de toutes les affirmations.

Fr. Denis BOSOMI.-

 
Aidez-nous à les aider

Projet pour eau pour les pauvres

Aide pour l'instructions des enfants

Aide pour donner du métier aux désoeuvrés

Petites/grandes nouvelles

NOUVEAU !

 

Jeudi 12 avril, monsieur Georges Nzonyiwa,
père de notre confrère Joseph Mbema,
s’est éteint à l’hôpital de Bwamanda à l’âge de 75 ans.

Soutenir le site

Le site se maintiendra grâce à votre contribution.
Pour soutenir le site, cliquer ici


Pour nous écrire, cliquer ici