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Université et société. Les enjeux africains

REFLEXION - Persuasum habeo, que l’Université a une vocation particulièrement importante semblable à celle que Jésus assigne aux chrétiens d’être sel de la terre, la lumière du monde. L’Université est donc cette lumière de la société et le socle nécessaire de son progrès et de son développement. A ce titre, toutes les composantes

doivent coopérer pour bâtir un Congo nouveau et une Afrique nouvelle, portés par l’Université.

 

UNIVERSITÉ ET SOCIETE. LES ENJEUX AFRICAINS

Intervention de fr. Denis

Each year, l’Université Saint Augustin de Kinshasa (Usakin) organise des journées scientifiques sur un thème de brulante actualité. Ces journées interviennent généralement vers le mi-décembre et le thème retenu pour cette année est celui indiqué ci-haut.

Il va de soi que le but principal d’un tel sujet est de montrer l’importance du mariage indéfectible qu’il faut instaurer entre l’Université et la Société. L’une ne peut s’en passer de l’autre. L’Université n’est pas une fin en soi. Elle est une structure humaine qui doit former les chercheurs, façonner l’élite par l’acquisition de la science et la maitrise de la technologie pour le progrès et le développement de la Société. Peut-on affirmer un tel mariage indissoluble entre l’Université et la Société en Afrique? La réponse est ici loin d’être affirmative.

A voir de près les choses, on peut remarquer sans peine un dysfonctionnement, une disharmonie entre ces deux réalités. En Afrique en général, il est une méfiance réciproque entre les deux. L’université n’est pas du tout efficiente pour accélérer le développement et le progrès tant attendus par les nations africaines. Ces inquiétudes ont retenu l’attention de plusieurs professeurs qui ont réfléchi sur ce thème. De ceux-ci le prof. Denis Bosomi est intervenu pour inviter les africains à ne pas oublier les exemples de grandes civilisations de l’histoire de l’humanité qui se sont réalisées grâce au travail de leur élite, de leur université, moteur du développement vrai et durable.

En effet, les grandes écoles de ces civilisations ont produit des cerveaux qui ont répondu aux problèmes qui se posaient à leur temps et y ont apporté des solutions pour leurs peuples et nations. Allusions ici aux écoles philosophiques grecques de l’Antiquité déjà avec les présocratiques, l’Académie de Platon, le Lycée et l’école péripatéticienne d’Aristote etc., ces écoles ont été importantes pour le destin du peuple grec tout entier; on peut y aligner également les écoles égyptiennes antiques que beaucoup de savants Grecs ont fréquenté; en théologie on se rappellera de l’école théologique d’Alexandrie usant de la méthode symbolico-allégorique, de l’école d’Antioche et sa méthode historico-littérale, etc., toutes ces écoles (malgré leurs limites) étaient ces hauts lieux de préparation, de formation de l’identité de gens qui ont contribué activement à l’expansion du message chrétien et ainsi au bien-être des peuples et des populations.

Malheureusement, l’université en Afrique en général et en République Démocratique du Congo a perdu toute crédibilité. Quand on considère la vétusté de ses infrastructures, l’inexistence des bibliothèques, le chevauchement des années académiques, la massification dans les auditoires, la corruption, l’immoralité cynique qui sort de l’Université, on ne peut que se demander avec raison s’il y a vraiment une université au Congo.

Toutefois, il convient de savoir que l’Université ne peut réussir sa mission originaire que si elle est soutenue, portée par sa société. Ainsi, les responsabilités des uns et des autres sont ici requises pour un changement de direction significatif.

D’abord, l’Etat comme macro-structure de l’organisation et de la promotion d’une société, doit intégrer l’Université dans son programme d’action et compter sur son apport inconditionnel pour le progrès et le développement de la nation. Il doit veiller à l’amélioration des conditions descentes d’études et de création des centres de recherches pour que les universitaires de tous les domaines pratiquent leur art et matérialisent leur savoir en des réalisations scientifiques et technologiques pour le bien-être de la société.

Ensuite, les étudiants de leur coté doivent devenir conscients des attentes sacrées de la société sur eux, parce qu’ils sont les leviers principaux du progrès et du développement du pays dont ils ont la mission impérieuse de servir et de contribuer à son bien-être. Ils doivent oublier leurs intérêts immédiats et égoïstes et prévaloir ceux de la science, qui sont le savoir pour le savoir, le savoir qui n’est pas un bien privé, mais exigence rationnelle de servir et de se mettre au service de la société.

Aussi, les Professeurs doivent également retrouver la dignité de leur vocation. Ils sont invités à se cultiver davantage, à s’acquitter loyalement de leur charge, à améliorer la qualité de leur enseignement, parce que plus ils sont cultivés, plus ils formeront une élite capable de répandre et de diffuser le savoir dont la transmission dépasse l’étroitesse des lieux et des temps, ainsi se réalise pleinement leur tache de constructeurs d’Universitas.

Enfin, la société elle-même doit repositionner ses lunettes pour ne pas voir dans l’Université seulement les antivaleurs ou les éléments de sa défaillance qui émergent plus facilement que son rôle originaire et chercher à lui redonner les moyens nécessaires pour être les leviers irremplaçables du décollage de la société.

Persuasum habeo, que l’Université a une vocation particulièrement importante semblable à celle que Jésus assigne aux chrétiens d’être sel de la terre, la lumière du monde. L’Université est donc cette lumière de la société et le socle nécessaire de son progrès et de son développement. A ce titre, toutes les composantes doivent coopérer pour bâtir un Congo nouveau et une Afrique nouvelle, portés par l’Université.

Prof. Denis BOSOMI, ofmcap

 
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